• Madame...

    Madame

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    Madame,

    J'accuse mauvaise réception de toutes vos inepties, laissez-moi vous présenter les miennes. J'ai mis du temps à vous répondre comme vous le voyez. J'hésitais entre en rire ou vous fusiller. Je m'enrage pour « que des mots », c'est vrai. Que des mots que j'ai gerbés sur le papier pour tenter de me sauver ou pour finir de me suicider à coup d'encre. Ce n’est pas bien important. Que des mots. C'est très péjoratif de réduire mes ruines d'âme qu'à ça, madame. Votre mari est mort ? Ce n'était qu'un homme, cessez de geindre ! Non madame, ce n'est pas plus déplacé que vos propos, les miens sont juste exagérés pour que vous compreniez ma douleur. On ne comprend que lorsqu'on a mal, pas vrai ?

     

    J'ai manqué de crever pour « que des mots », j'ai manqué d'en ressusciter aussi, toujours de peu. J'ai l'espoir fou de, peut-être, laisser mon empreinte à la postérité, qu'on m'y aime ou qu'on m'y méprise. Je ne suis pas bien exigeante, vous savez. Je ne recherche pas la popularité, madame, je n'ai pas besoin de ça pour me sentir quelqu'un. Vous savez, moi je fuis quand la foule est trop grande, je ferme tout et je disparais pour me cacher dans les trous noirs de mon existence. Non. Je cherche... ma part d'éternité dans l'éphémérité de mon temps ici bas.

     

    J'admets que c'est prétentieux comme projet que je construis avec mes crachats de vie, avec la bile de mon âme. J'écris avec mes tripes, avec mes couilles et ma bite même si je suis une femme et c'est peut-être pour ça que je cherche à enculer toutes ces petites starlettes en manque de gloire, qui chaque matin vont chercher qui elles vont être en piochant ci et là des morceaux de vie qui ne sont pas les leurs. Alors peut-être, oui peut-être, que je m'emballe pour rien parce que je suis folle et que je n'ai « que des mots » pour frôler ma vie et la heurter, la confondre et la bousiller.

     

    Vous savez, ça me passe au-dessus de la tête les insultes, les marques de mépris. Je hoche docilement la tête avec un sourire entendu aux mots « tu n'es qu'une merde », parce que vous savez quoi madame ? C'est toujours la merde que je suis qu'on vient déposséder de ses mots pour se les attribuer sans vergogne. C'est toujours la merde que je suis à qui on va lécher ses godasses de bouseuse, dans l'ombre pour récupérer mes liqueurs d'âme. Alors vous savez, ça me va d'être ce genre de merde-là. Une merde, mais intègre à moi-même au moins.

     

    Ne m'excusez pas si je veux immoler les voleuses et les catins. Ne m'excusez pas si je conchie les sots qui aiment se faire doigter avec les maux des autres. Je sais très bien ce que je fais. Et votre avis, madame, imaginez où vous pouvez vous le carrer. Je suis quelqu'un de tranquille, mais j'ai le sang très réactif, je décrasse mon cœur à faire gerber son âme avec « que des mots » et je brûlerais la cité des Dieux pour « que des mots ». Parce qu'ils sont les miens et ceux de personne d'autre.

     

    Cordialement, une merde.

     Malia Rigazzo / Texte protégé - Tous droits réservés.

     

    Madame...


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